Ses doigts frolaient les touches une à une. Elle semblait comme être envoutée par cet instrument, s'imposant dans ce grenier empestant le renfermé. Elle le cajolait avec tendresse, comme elle câlinerait un homme. A chacune de ses caresses, elle ôtait la poussière accumulée par le temps. Elle compressa une touche et le bel instrument laissa échapper un son éraillé, brisant le silence qui régnait ici depuis bien longtemps. Surprise. Ses yeux scintillaient de malice, son visage s'illuminait et ses traits se relachaient. Elle laissa ses mains se ballader sur ce sublime organe de bois. Les notes s'enchainèrent fougueusement, et sa voix fusionna admirablement bien avec la mélodie que ses doigts éxécutaient. Elle était habitée par la musique. Le silence n'y avait pas été rompu depuis la disparition du pianiste. Et pour la première fois depuis dix ans, le vieux piano chantera ce soir.