25 décembre 2018, Noël, ou du moins ce qu'il en reste. Le quart d'une bouteille de champagne dégazéifié trône au milieu de la table basse accompagnée d'une crème glacée saveur vanille entièrement fondue, ainsi que quelques miettes de toast précédemment mangés le tout chaperonné par une migraine carabinée. La télévision marche à plein régime, rediffusion de "La vie est belle" pour la 3ème année concécutive. Le son est coupé, le téléphone débranché et elle est allongée sur le canapé, seule. A quoi bon laisser ce satané téléphone branché ? Elle sait que personne ne va l'appeler; à part peut être cet idiot de Fred de la compta; alors autant éviter une déception de plus. Son mascara a coulé sur ses joues; ce n'est pas de sa faute si même à la télévision; ils la narguent avec leur bonheur crétin et totalement idéalisé. Après 2h allongée dans le canapé à compter les "ah" et les "oh" des gosses de ces foutus voisins, elle se décide enfin à sortir. Elle quitte son vieux pyjama délavé orné de moutons à moitié effacés pour un jean, une blouse, sa longue veste brune et son écharpe en laine crème. Elle éteint enfin la télévision, se démaquille, se remet un peu de mascara, prend ses clés et sort. Elle marche un moment dans la rue, le ciel et la ville sont blanc-neige. Fatiguée de devoir se frayer un chemin dans la foule, elle appelle un taxi. "Où vous allez ma jolie ?" demande le chauffeur agé d'environ une trentaine d'année. "Je ne sais pas, roulez.". Ce quelle aime par dessus tout, c'est regarder les paysages défilant par la fenètre, et rester dans ses pensées, oublier qu'elle est dans un taxi bon pour la casse avec un chauffeur qui lorgne sur son décolté. Le compteur affiche maintenant 40¤, elle rompt le silence et dit "arrêtez vous là". Elle paye le chauffeur, feint un sourire, claque la porte et reprend sa marche. Ses doigts sont violets à cause du souffle glacé hivernal. Elle rentre alors dans un bar, commande un chocolat chaud dans l'espoir de réchauffer l'extrémité de ses mains. Comme toujours elle est seule, seule assise sur une vieille banquette pleine de poussière à regarder les gens passer par la fenêtre. L'aiguille de l'horloge au dessus du bar semble tourner à 100 à l'heure. Elle observe un tout jeune couple, décortique chacun de leurs faits et gestes. Elle c'est Lou, une petite fleuriste de la rue Victor Hugo, lui c'est Lucas, sapeur pompier pro. Leur vie n'a rien d'exceptionnelle, Lou livrait des fleurs à la caserne lorsqu'elle à croisé Lucas pour la première fois. Ce n'est pas la première fois qu'elle les vois, ni la dernière d'ailleurs. A leur vue, elle reçoit un grand coup de couteau dans le coeur, ça lui rappelle qu'elle aussi veut être aimée, pour ne plus connaître cette abominable solitude.
en gras = rajouté.